C'est à la fin de l'année 1636, en pleine "guerre de trente ans" que Saint Jean de Losne a écrit la plus belle page de son histoire.
A la fin de cette année, Galas, le commandant en chef des armées "impériales" fortes de 80 000 hommes, sentant l'hiver approcher envisage de le passer en Franche Comté. Pour cela il doit traverser la Saône. Il choisit de le faire à Saint Jean de Losne, modeste bourgade de 1100 habitants, mal fortifiée par de simples murailles de briques.
Le 25 octobre, l'avant garde de son armée, de redoutables croates qui viennent de faire preuve de leur cruauté en détruisant Mirebeau, sont signalés par le "marguillet", sentinelle placée dans le clocher de l'église.
Le lendemain Galas arrive avec le gros de ses troupes et envoie des éclaireurs demandés aux saint jean de losnais d'ouvrir "les portes de leur ville et ... de lui préparer son déjeuner !"
Les échevins( en particulier Desgrange et Lapre) et les habitants, bien décidés à ne pas "livrer" leur ville aux "Impériaux" lui répondent qu'il n'a qu'à se présenter... qu'il sera bien reçu !
Furieux, il fait aussitôt bombarder la ville, sans grand dommage car ses pièces de canon sont pointées trop bas.
Le 27 octobre, les assiégeants se ruent en grand nombre à l'assaut de la ville. Les saint jean de losnais ne doivent leur salut qu'à l'utilisation judicieuse des quelques canons dont ils disposent.
Les 28, 29 et 30 octobre,
ils repoussent toutes les attaques mais ne peuvent empêcher l'artillerie
ennemie d'ouvrir une large brèche dans les fortifications.
Ils ne doivent leur salut
qu'à la tombée de la nuit ..
Le mot de capitulation se
fait entendre mais la fermeté des magistrats vient à bout
de toutes les résistances.
Le 31 octobre, à 4
heures du matin , les Impériaux tentent une nouvelle offensive.
De violents combats se déroulent à la porte de Dijon. Hommes,
femmes et enfants y participent .....
A midi, tous les dehors
de la place sont aux mains de Galas qui songe à donner l'assaut
final dans l'après-midi.
C'est alors qu'un pluie violente se met à tomber et change ses projets.
Afin que les assiégés
ne puissent réparer les portes de la ville et colmater la brèche
convenablement, il fait poursuivre le bombardement.
S'apercevant que le courage
de leurs concitoyens fléchit, les échevins décident
de les faire s'engager sur l'honneur et par écrit " à détruire
leur ville plutôt que de la livrer à l'ennemi". Il rédigent
à la hâte une "Délibération" sur une place qui
porte depuis le nom de "place de la Délibération" et envoient
le secrétaire, sur les remparts la faire signer à tous les
habitants.
Le 1 novembre, Galas lançe
une nouvelle offensive. Sa cavalerie a pour mission de combler les fossés
avec des fascines, pendant que l'infanterie protégée par
l'artillerie s'avance à l'assaut.
Tous les assiègés
sont au combat même les carmes du couvent et le vieux baron d'Esbarres.
Les enfants rechargent les mousquets, les femmes fondent des balles avec
le plomb des vitraux de l'église.
La nuit vient mettre un terme
à cette journée de carnage, tandis que la pluie redouble
de violence.
Le 2 novembre, alors que la cavalerie ennemie prend position à l'ouest et l'infanterie à l'ouest pour tenter une nouvelle offensive, les saint jean de losnais constatent avec satisfaction, pour une fois, que la Saône sort de son lit et inonde la plaine.
Galas offre aux assiègés une capitulation "honorable et avantageuse".
Il se fait une nouvelle fois
éconduire.
Les magistrats, craignant
l'assaut final, demandent à leurs concitoyens de se préparer
à mettre le feu à leur maison et à détruire
le pont, au signal du tocsin.
Les femmes et les vieillards sont évacués sur Seurre.
La cavalerie lorraine, les
dragons allemands, 6000 hommes d'infanterie, rangés sur deux lignes,
précédés par des soldats portant des fascines se lancent
une nouvelle fois à l'assaut.
Rapidement un pont de fortune
est établi et des combats d'une rare violence se déroulent
sans que le courage des Losnais ne faiblissent.
Ils vont succomber sous le
nombre et sont près à sonner le tocsin lorsqu'une nouvelle
se répand, comme une trainée de poudre : des auxonnais sont
venus en barque prêtés main forte aux assiègés
et annoncent l'arrivée de Rantzau et de ses troupes.
Les saint jean de losnais
reprennent courage.
Les Impériaux s'aperçoivent
de ce regain d'ardeur et veulent emporter la place, à tout prix....
mais ils sont à nouveau repoussés .
La nuit met fin, une nouvelle
fois aux combats.
Rantzau, a quitté le matin même Dijon. A son arrivée à Auxonne, il laisse ses fantassins se reposer et part à la tête de ses cavaliers aux secours des Losnais qu'il rejoint dans la nuit.
Sur les conseils d'un de ses lieutenants, il fait passer et repasser sa cavalerie sur le pont de bois. Cette manoeuvre fait croire à l'ennemi que les renforts sont importants.
Galas craignant en plus les inondations de la Saône, donne l'ordre de lever le siège.
Lorsque le jour se lève,
le 3 novembre la place est abandonnée.